Détroit d’Ormuz : L’eau et les mangroves (D Martin Ferrari)
Dans ce conflit qui déchire le Moyen Orient, nous assistons à une guerre moderne où plus de civils que de militaires sont tués, où l’IA transforme en cible une école de fillettes et fait 150 morts du simple fait d’un mauvais renseignement. On vit une forme extrême de guerre hybride, politico‑industrielle et climatique, et comme le pétrole, l’eau y est devenue une cible. Ce n’est pas nouveau.
En Irak, sous Saddam Hussein, avant et pendant la guerre on construisait des barrages pour empêcher le fleuve d’arroser des terres jadis fertiles ; en Afghanistan, les talibans dès les premières guerres ont détruit les réseaux souterrains de conduite d’eau, les karez Dans ces réseaux souterrains, l’eau circulait à l’abri de l’évaporation mais les hommes s’y cachaient alors ils ont été détruits. Aujourd’hui sont ciblées les usines de dessalement. Comme elles ont besoin de beaucoup d’énergie, on les construit souvent à côté des raffineries. Dimanche 8 mars, le Barheïn accusait Téhéran d’avoir ciblé une de ses usines de dessalement sachant que plutôt Téhéran accusait les Etats-Unis du même crime, alors qu’étaient touchées deux autres centrales, l’une aux Emirats Arabes, l’autre au Koweit, des infrastructures vitales pour des millions d’habitants. Des années de restauration de l’habitat naturel partent en fumée Durant la guerre au Koweït en 1991, des puits de pétrole avaient brulé pendant des jours. Trente ans après, les dégâts ne sont pas complètement réparés et voilà que cela recommence.
Au sein des enceintes où avaient lieu les négociations climatiques, nombre d’états s’étaient engagés dans la restauration de leurs mangroves victimes du réchauffement, de la montée des eaux , des excès de salinité dus au dessalement, plantant des mangroves qui absorbent les métaux lourds ,offrent des habitats pour 125 espèces de poissons, de crustacés et d’oiseaux migrateurs., ou des zones de pâturage se révèlent précieuses pour
les dromadaires des îles de la mer Rouge, car elles leur fournissent un fourrage nutritif.
Non seulement les initiatives renforcent la durabilité environnementale, mais contribuent également aux objectifs plus larges en matière de lutte contre le changement climatique, de réduction des émissions de carbone Ainsi, dans le cadre de l’initiative Vision 2030, le Ministère de l’environnement, de l’eau et de l’agriculture du Royaume d’Arabie Saoudite avait planté 250 000 pieds de mangrove à Yanbu et 1,7 million d’autres plants le long des côtes afin de densifier la couverture végétale et de soutenir une pêche durable.
Tout ces efforts vont être anéantis. Nombres de crédits-carbone vont s’envoler avant la prochaine COP. Les marées noires ont débuté, or l’histoire nous apprend que leur réhabilitation prend généralement au moins trois décennies…
Les pluies acides
Un phénomène très particulier s’est présenté en début de semaine à Téhéran
À la suite des explosions les habitants ont rapidement signalé des difficultés à respirer et des retombées de dépôts sur des kilomètres de distance. Renouant avec un grave problème qui avait touché le Nord et l’est de la France à la fin des années 70 et dont on s’est débarrassé. Les raffineries n’en étaient pas l’origine mais notre essence
Les gaz polluants qui s’échappent des incendies contiennent du dioxyde de soufre (SO2) et des oxydes d’azote (NOx). Et ces gaz se transforment dans l’atmosphère en acides, ensuite lessivés par la pluie et retombant sur Terre
Ecocide
Depuis deux décennies, les conflits visent de plus en plus les infrastructures dites « vitales » entre raffineries, usines chimiques, dépôts d’engrais, centrales électriques, ports et sites Seveso. De l’Ukraine à Gaza, du Yémen à l’Iran aujourd’hui, chaque frappe provoque un double crime. Elle tue d’abord par l’explosion, puis, plus silencieusement, par la dispersion de substances toxiques dans l’air, l’eau et les sols. Quelques états tentent actuellement d’introduire dans les crimes contre l’humanité l’ECOCIDE comme crime international pouvant tomber sous la juridiction de la Cour Pénale Internationale (CPI)
