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Il fallait s’y attendre: marée noire dans le golfe d’Ormuz. Comment intervenir rapidement?

Vue dans Ouest France , reprise des infos internationales

Fuite, accident, attaque contre un pétrolier… Comment expliquer la marée noire au large de l’île de Kharg en Iran ?

Des nappes de pétrole ont été détectées près de l’île de Kharg, principal terminal pétrolier d’Iran, selon des images satellites. Plusieurs scénarios sont envisagés pour expliquer cette catastrophe environnementale.

Les images satellites montrent une vaste nappe de pétrole au large de l’île iranienne de Kharg
Les images satellites montrent une vaste nappe de pétrole au large de l’île iranienne de Kharg | VIA REUTERS

Ouest-France Mathilde GollaPublié le 09/05/2026 à 18h36

Une vaste nappe de pétrole au large de l’île iranienne de Kharg a été détectée par les images satellites de l’ONG Conflict and Environment Observatory (CEOBS), spécialisée dans l’étude des conséquences environnementales des conflits. La superficie de cette marée noire serait de 50 km², soit plus de 7 000 terrains de football. Elle s’est « fortement réduite », indique le CEOBS mais le mal est fait sur les écosystèmes. Comment l’expliquer et quelles conséquences sur l’environnement ?

Un lieu stratégique pour le pétrole

Avant le conflit, l’île iranienne de Kharg était le principal terminal maritime pétrolier du pays. Plus de 90 % des exportations iraniennes de brut transitent par cette bande de terre située à environ 30 km des côtes iraniennes et à plus de 500 km du détroit d’Ormuz.

L’île est si stratégique que, fin mars, le président américain, Donald Trump, avait menacé de l’anéantir si l’Iran ne rouvrait pas le détroit d’Ormuz à la navigation.

Une production qui déborde

La nappe pourrait provenir de pétrole qui déborde. C’est le scénario le plus probable, avance Christopher Dembik, économiste pour la société de gestion Pictet AM. Avec le blocus américain, le pays ne peut plus exporter sa production de pétrole. Or, on est quasiment certains que ses capacités de stockage sont saturées, précise Christopher Dembik.

Pensez-vous que le blocus annoncé par les États-Unis soit une réponse légitime face à l’Iran ?

Mais Téhéran pourrait continuer à produire du pétrole, même s’il ne peut plus stocker, quitte à ce qu’il termine en mer. C’est économiquement plus intéressant de déverser le pétrole que d’arrêter un puits qui risque sinon de ne plus être exploitable ou son redémarrage pourrait être long et coûteux, explique Christopher Dembik.

Une fuite

Autre hypothèse : le pays utiliserait toutes ses infrastructures de stockage, y compris les plus vétustes. Ils ont réquisitionné de vieux navires et des sites de stockage hors d’usage, avance Christopher Dembik. La pollution pourrait provenir d’un navire, d’un terminal offshore, d’un oléoduc sous-marin ou d’une plateforme pétrolière en mauvais état ou endommagé.

De son côté, Moussa Ahmadi, président de la commission de l’énergie du Parlement iranien, a assuré samedi qu’il n’y avait « jusqu’à présent aucun rapport officiel confirmant » qu’une installation pétrolière fuyait.

Un accident maritime

Depuis le blocage du Détroit, des centaines de navires, dont des pétroliers, sont coincés. Certains continuent à naviguer, une collision ou une avarie technique pourrait être à l’origine de la marée noire.

Une attaque contre un pétrolier

Un missile, un drone ou une mine a pu toucher un pétrolier. Toutefois, Francis Perrin, directeur de recherche à l’Iris, a récemment rappelé que les frappes américaines n’ont jamais ciblé les infrastructures pétrolières ou gazières iraniennes.

Une catastrophe pour l’environnement

Seule certitude : dans l’écosystème fermé et fragile du Golfe persique, une marée noire provoque des dégâts sur les mangroves, les récifs et les zones de reproduction marine. La pêche et les usines de dessalement pourraient être touchées. Même une marée noire gérable peut se transformer en une crise environnementale régionale de grande ampleur si l’intervention est retardée alerte Keyvan Hosseini, expert en énergie et environnement au New York Times. Il faudrait, pour cela, connaître l’origine de la catastrophe.