On évoque la COP 17 et les menaces qui pèsent sur le pastoralisme .Voilà un cas concrert.
« Je veux juste retrouver mes brebis » : la gendarmerie lance un appel à témoins pour aider une éleveuse à retrouver une centaine de bêtes disparues dans les Pyrénées

/regions/2026/08/06/6a749586345eb190630276.jpg)
Publié le13/08/2026 à 12h36
Temps de lecture : 4 min
- France3 Régions sur Facebook (Nouvelle fenêtre)
- France3 Régions sur WhatsApp (Nouvelle fenêtre)
- copier le lien
- Ajouter comme source préférée
Dans les Hautes-Pyrénées, Océane Riallan cherche désespérément une centaine de brebis disparues après trois jours de brouillard en estive. Une nouvelle épreuve pour cette éleveuse déjà fragilisée par plusieurs épisodes de maladies dans son troupeau. Elle lance un appel à la solidarité pour tenter de s’en relever.
C’est un appel à témoins peu commun qu’a passé la Gendarmerie des Hautes-Pyrénées lundi 10 août. La cible des recherches n’est autre qu’un troupeau de brebis. Une centaine de bêtes, dont la majorité appartient à Océane Riallan, éleveuse basée à Saint-Lézer (Hautes-Pyrénées). Depuis trois semaines, l’éleveuse est désemparée.
« Je ne cherche pas de responsable, je ne cherche pas d’explication, je veux juste retrouver mes brebis« , explique Océane Riallan. Originaire de la région nantaise, elle n’est pas issue d’une famille d’agriculteurs. Prise de passion pour l’élevage, elle s’est lancée dans les Alpes avant de s’installer dans les Pyrénées il y a presque quatre ans.
https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FGGD65%2Fposts%2Fpfbid02XbcDGZ8KBBp5G6HbJQXuLSUUi17zJrv1ecqsJazit55mTEAs5JhNjsLNRXr2aiNhl&show_text=true&width=500
Trois jours de brouillard
« Je n’ai pas d’aide familiale ni de bâtiments, je n’ai pas tout ça. Je me suis vraiment donnée à fond, j’ai sacrifié beaucoup de choses pour en arriver là où je suis aujourd’hui », raconte l’éleveuse. Pour avoir assez de rentrées d’argent, elle s’est donc lancée en parallèle dans le gavage de canards.
« Je récolte de l’argent en bas en gavant les canards, donc je ne peux pas être là-haut avec les brebis. Mais je ne pourrais pas dormir en sachant qu’il n’y a personne avec elles », confie Océane Riallan. Avec un autre éleveur, elle avait donc confié la gestion de son troupeau à un berger.
Mais les conditions climatiques ont rendu la surveillance des brebis difficile. Fin juillet, alors que le troupeau se trouvait entre le lac du Montaigu et le lac d’Ousse, du brouillard s’est installé pendant trois jours consécutifs. Lorsqu’elle est remontée, Océane Riallan s’est aperçue qu’il manquait une centaine de brebis. À ce jour, il lui en manque 84 sur les 150 qu’elle comptait à l’origine. L’autre éleveur a perdu une quarantaine de bêtes.
Recherches actives
Depuis, l’éleveuse se démène pour retrouver tant bien que mal ses animaux. Ce mercredi 12 août, elle a passé toute la journée en montagne à la recherche des bêtes marquées à la peinture bleue des lettres O et R, ses initiales. « J’ai prévenu le PGHM (Peloton de Gendarmerie de Haute-Montagne, NDLR), les autres éleveurs, les randonneurs, les coureurs. J’essaye de faire au mieux« , raconte Océane Riallan.
Bilan du jour : cinq brebis retrouvées, qu’elle ramène dans le coffre de son véhicule. L’une a la patte cassée et doit être amenée en urgence chez le vétérinaire. Elle en a également aperçu une dizaine intégrées à d’autres troupeaux, gage de sécurité. L’éleveuse compte aussi sur les redescentes d’estive en septembre. « Je pense qu’il y en aura deux qui vont être chez un éleveur, trois qui vont être chez un autre, mais ce n’est pas ça qui va me ramener le gros du troupeau« , avoue l’éleveuse.
Une maigre consolation pour Océane Riallan, qui s’inquiète de plus en plus pour le reste des animaux. « Je sais très bien qu’il y en a déjà qui sont sur le carreau. On ne saura jamais où elles sont, peut-être mortes dans un coin, lâche-t-elle. Avec le temps qu’il fait, juste une plaie avec une pierre, ça s’infecte. Donc si on n’est pas là pour soigner la brebis et retirer les asticots, elle y reste.«
/regions/2026/08/13/6a7d916c4c53d632030659.jpg)
Un troupeau touché par des maladies
Un énième coup dur pour l’éleveuse, qui a connu d’énormes difficultés ces derniers mois. En début d’année, son troupeau a été touché par la piroplasmose, une maladie transmise par des tiques, et sept brebis sont mortes. Mi-juin, c’est l’ehrlichiose qui a frappé, une maladie similaire qui agit très rapidement. « On était quatre éleveurs, on a envoyé les brebis en montagne, et en 15 jours, on a eu 50 cadavres ».
Mais Océane Riallan a également perdu quatre brebis à cause de la fièvre catarrhale ovine. « Il y a huit variants, avec un vaccin pour chaque. C’est très onéreux et puis on ne peut pas non plus s’amuser à piquer les brebis huit fois. Toutes ces piqûres, toutes ces maladies, ça va entraîner des avortements« ,s’inquiète l’éleveuse. Des avortements qui représentent une perte financière énorme. « Elles ne vont pas mettre bas avant l’été prochain, donc d’ici là, je n’aurais peut-être pas de rentrée d’argent.«
« On ne peut pas relever la tête »
Au-delà du revers psychologique, cette disparition du troupeau la place désormais dans une situation économique très délicate. « J’ai bien conscience d’être une histoire triste parmi tant d’autres, je ne pense pas être au-dessus de qui que ce soit, je ne pointe du doigt personne. En agriculture, quand il y a un coup dur, on se relève. Mais quand on en enchaîne plusieurs d’affilée, financièrement, ça ne suit pas, et on ne peut pas relever la tête« , concède l’éleveuse.
Pendant qu’elle poursuit désespérément ses recherches, Océane Riallan appelle à la solidarité, et a lancé une cagnotte pour pouvoir continuer à payer un berger, et acheter de nouvelles bêtes. « Toutes les brebis qui sont mortes, ce sont des brebis que je n’avais même pas commencé à payer, que j’ai eu en crédit. Donc ça signifie que là, j’ai sept ans de crédit pour des brebis qui ne sont déjà plus là. En termes financiers, c’est une catastrophe.«
