ITALIE: il ne s’agit pas seulement de se faire élire, il faut garder le pouvoir (vu dans GEO)
En Italie, Giorgia Meloni se prépare à rester au pouvoir avec un projet de loi controversé
À un an des prochaines élections générales, la Première ministre italienne pousse une réforme électorale qui pourrait profondément modifier les règles du jeu. Une démarche faite officiellement au nom de la stabilité, mais ses opposants y voient surtout une manière de sécuriser son avenir politique.
Lorsqu’elle défend sa réforme électorale, Giorgia Meloni invoque une idée simple : protéger l’Italie contre l’instabilité politique. Depuis son arrivée au pouvoir en 2022, la dirigeante du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia a construit une partie de son image autour de la stabilité retrouvée d’un pays longtemps marqué par les changements de gouvernements et les alliances fragiles (Le Monde). « Aujourd’hui, nous sommes considérés comme un point d’ancrage de stabilité en Europe. Hier, nous étions une Italie instable dans une Europe plus stable », a-t-elle déclaré mardi 23 juin dernier lors d’un forum public.
Et d’ajouter : « Je ne veux certainement pas que l’Italie redevienne instable » (Sky tg24). Mais derrière cet argument, ses opposants perçoivent une autre logique, note le Financial Times (FT) : celle d’une préparation minutieuse de la prochaine bataille électorale. Car à l’approche d’un scrutin prévu l’année prochaine, possiblement dès avril, la cheffe du gouvernement cherche à remodeler les conditions mêmes de la compétition politique.
Assurer la gouvernance, sans majorité absolue
De fait, le cœur du projet repose sur un système proportionnel assorti d’une prime majoritaire. Concrètement, la coalition qui arriverait en tête pourrait recevoir jusqu’à 17,5 % supplémentaires des sièges au Parlement, lui permettant de gouverner même sans majorité absolue (Ansa). L’accès à ce bonus ne serait toutefois pas automatique. Les partis devraient se présenter sous une plateforme commune et désigner à l’avance leur candidat au poste de Premier ministre. Autre « verrou » : la coalition gagnante devrait atteindre au minimum 42 % des suffrages pour obtenir cette « prime majoritaire ». Sans cela, les sièges supplémentaires seraient répartis de façon proportionnelle.
La mesure rappelle douloureusement à la communauté politique la précédente ambition de Meloni : modifier la Constitution italienne de l’après-fascisme pour instaurer l’élection directe du chef du gouvernement, projet finalement abandonné (La Repubblica). Giorgia Meloni, elle, présente la réforme comme un système proportionnel destiné à permettre à la coalition arrivée en tête de disposer d’une majorité stable pour gouverner. « Cela devrait être quelque chose sur lequel nous pouvons tous être d’accord, particulièrement la gauche », dit-elle.
Un aveu de faiblesse du camp Meloni ?
Pour Lorenzo Castellani, politologue à l’université Luiss de Rome interrogé par le FT, cette réforme traduit pourtant une préoccupation plus directe : l’incertitude politique qui entoure désormais la prochaine échéance électorale. En 2022, la coalition de centre-droit avait remporté une victoire confortable face à une opposition profondément divisée. Mais l’équation a changé. Le Parti démocrate, le Mouvement 5 étoiles et plusieurs autres formations semblent déjà s’accorder sur certaines stratégies puisqu’ils ont voté ensemble pour bloquer la réforme judiciaire voulue par Giorgia Meloni (Pagella Politica). Dès lors, une alliance électorale plus large n’apparaît plus impossible.
« Changer une loi électorale est toujours un signe de faiblesse », estime Castellani. « Si vous devez changer les règles pour gagner, cela signifie que vous ne vous sentez pas très sûr de pouvoir remporter une élection. » La réforme pourrait également compliquer la vie de ses adversaires. L’obligation de désigner un candidat commun au poste de Premier ministre avant le scrutin risque notamment d’exacerber les rivalités au sein du camp de centre-gauche, où Elly Schlein et Giuseppe Conte nourrissent tous deux des ambitions nationales.
Une autre disposition remarquée
Le texte prévoit aussi une autre disposition particulièrement remarquée : les petits partis devraient désormais recueillir 500 000 signatures pour pouvoir figurer sur les bulletins de vote. Une disposition largement lue comme un obstacle potentiel pour les nouvelles formations politiques, et visant Roberto Vannacci, ancien général devenu figure montante d’une droite plus radicale (Reuters).
Après avoir quitté plus tôt cette année la Ligue de Matteo Salvini, il a lancé son mouvement Futuro Nazionale et commence à attirer une partie des électeurs de droite déçus par la coalition de Meloni. Pour ses opposants, le projet ne laisse guère de doute sur ses intentions. Marco Meloni, du Parti démocrate — sans lien de parenté avec la Première ministre — parle même d’un projet autoritaire concentrant le pouvoir entre les mains d’une seule personne.
