DES FEUX AUX MEGAFEUX
Des feux aux megafeux
Rappelez-vous, le 5 Aout 2025 se déclarait dans les Corbières un incendie qui ne serait maitrisé que vingt jours plus tard. Seize communes touchées, des centaines d’hectares dévastés. Quelques jours plus tard la Catalogne brûlait, puis la Grèce.
Sécheresse et réchauffement furent accusés, oubliant qu’en forêt méditerranéenne, les départs de feu sont dans leur grande majorité (90 à 95%) d’origine humaine.
Malgré les campagnes d’information, les jets de mégots, les grillades en forêt, déclenchent des départs de feux, notamment le long des autoroutes comme l’A 69. C’est ainsi que bien qu’encore présumé innocent un agent ONF au moment où nous écrivons ces lignes, gros fumeur, serait accusé d’avoir été à l’origine de « l’ogre des corbières » du fait d’un mégot mal éteint.
Quand ils sont volontaires, les feux ne sont pas seulement le fait des pyromanes : ils ouvrent des espaces, servent des revendication politiques, s’opposent aux reboisement d’anciens pâturages, requalifient des espaces forestiers en terrains urbanisables. En Amazonie, la déforestation par incendie est courante et vise à la création de nouveaux paturages.
Simplement, « les incendies d’aujourd’hui ne sont pas ceux du passé. L’Espagne et le Portugal ont dix à quinze ans d’avance sur ce qui va advenir en France. Les feux que les pompiers jugent aujourd’hui incontrôlables là-bas seront bientôt notre lot commun« , prévient Julien Ruffault, chercheur à l’INRAE de Montfavet. Précieux, les chercheurs sont trop peu à réfléchir sur le sujet. Leur activité principale consiste à modéliser les feux qui sont trop courant en milieu méditerranéen et qui, du fait du réchauffement climatique, menacent aujourd’hui nombre de forêts françaises Face à une menace du feu qui s’aggrave, les collectivités territoriales se retrouvent en première ligne d’une nouvelle stratégie nationale pour protéger leurs territoires, passant d’une logique curative à une approche préventive intégrée. Les maitres-mots sont désormais anticiper, fédérer, maitriser l’urbanisme et l’interface habitat-forêt, sensibiliser.Le gouvernement est désormais dans l’obligation d’élaborer une carte prédictive du territoire métropolitain, révisée au moins tous les cinq ans. Cette cartographie, qui remplace l’approche statistique traditionnelle, analysera la sensibilité au danger prévisible de feux de forêt et de végétation. Elle permettra aux préfets de délimiter des secteurs exposés à un risque élevé ou très élevé.
La stratégie 2025 identifie trois types de territoires selon leur exposition : des zones historiquement exposées à une aggravation du danger, de « nouveaux territoires du feu » où la fréquence des incendies va augmenter d’ici 2035-2050, et enfin les territoires d’extension future encore peu concernés mais susceptibles d’être touchés à terme.
Les dernières études de Météo France montrent une extension dans l’espace et le temps des zones exposées au risque de feux de forêts. Celui-ci a augmenté de 18 % entre les périodes1961-1980 et 1989-2008. Il progresse vers le nord, y compris dans des régions jusqu’ici épargnées. La saison des feux s’allonge avec un démarrage plus précoce l’été et une fin plus tardive jusqu’à l’automne. L’Indice Forêt Météorologique (IFM) utilisé par Météo France caractérise la propension d’un feu de forêt à s’aggraver et à se propager sous l’influence des conditions météorologiques.
De quoi s’agit-il quand on parle de megafeux ?
Le terme serait apparu pour la première fois en 2013 dans la bouche d’un Américain Jerry Williams qui travaillait au service gouvernemental des forêts. Les méga-feux sont devenus un élément dans la narration du nouveau régime climatique dû notamment à la violence des vents.
Ce ne serait pas seulement un immense incendie, mais un feu impossible à canaliser, au comportement jamais observé auparavant par les spécialistes, avec une propagation ultra rapide , un comportement extrême, du fait notamment de la formation de pyrocumulonimbus. Un pyrocumulonimbus est un nuage se formant au-dessus du feu en raison des mouvements d’air induits par la chaleur du feu. La fumée des feux monte très haut dans le ciel et forme des pyrocumulus et des pyrocumulonimbus, des nuages aussi dénommés les « dragons cracheurs de feu », qui se chargent en électricité puis provoquent des orages géants, peu chargés en pluie mais avec un fort potentiel de créations d’éclairs qui, en touchant le sol, créent de nouveaux incendies. Ces mouvements d’air rapides rendent la propagation du feu imprévisible. De nombreux feux se rejoignent en un gigantesque brasier. La fusion de feux entre eux crée un mégafeu Les mégafeux ne représenteraient que 3 % des incendies mais seraient responsables de plus de 50 % des surfaces brûlées de la planète La quasi-totalité (96 %) des 500 mégafeux les plus désastreux de la dernière décennie se sont produits pendant des périodes de chaleur ou de sécheresse inhabituelles
25 mars 2026 : une nouvelle stratégie de défense européenne
Refusant le modèle de gestion des incendies en Amérique du Nord, qui consiste à laisser courir le feu (stratégie du « Let burn »)., l’Europe a décidé de s’organiser. Depuis deux décennies, on assiste à une formidable mobilisation scientifique, juridique et technique. Le 25 mars 2026 la Commission adopte une nouvelle stratégie de gestion intégrée des risques d’incendie de forêt. Il n’en fallut pas davantage pour que la presse évoque « l’armée européenne du feu » Il s’agit plutôt pour l’instant d’un renforcement de l’existant, d’une aide solidaire. Durant la période estivale, l’Europe déploie son dispositif de prévention et d’intervention : 641 sapeurs-pompiers venus de 14 pays européens sont « stratégiquement positionnés « , la flotte rescEU a été élargie à 12 avions et 5 hélicoptères Des approches sophistiquées ont vu le jour : télédétection, modélisation de la dynamique des feux, identification des zones à risques, étude de l’inflammabilité des végétaux. S’y sont ajoutées les redécouvertes de méthodes de gestion traditionnelles.
L’adaptation en marche
Aujourd’hui, de plus en plus de spécialistes considèrent qu’ il s’agit d’apprendre à vivre avec ces feux extrêmes et non plus simplement de les combattre comme jadis. Cette nouvelle donne appelle ainsi à une « culture du feu » qui intégrerait ces réalités dans nos politiques : gestion des forêts, urbanisme, adaptation des territoires aux risques potentiels …. On garde les anciennes obligations comme le débroussaillage par exemple mais on réduit les responsabilités de l’état en dehors de l’obligation à la transparence, à l’information et aux délimitations des territoires . Moins de matériel et plus de chacun pour soi . Les élus territoriaux conservent la charge de plan d’urbanisme de plus en plus exigeant. Un changement de nos modes de vie, de notre relation au feu et à la forêt.
Dominique Martin Ferrari
→ SUR LE BASSIN MÉDITERRANÉEN :
En 2017, le Portugal a connu une saison des feux prolongée et très intense, avec une surface totale brûlée d’environ 500 000 ha et plus de 120 décès selon la revue Scientific Reports (Turco et al., 2019), des dommages d’une ampleur inédite en Europe. Deux événements particulièrement tragiques ont notamment eu lieu du 17 au 20 juin à Pedrogao Grande, et du 15 au 17 octobre à Gois, soit respectivement avant et après la saison officielle des feux établie par les autorités portugaises. L’incendie de Pedrogao Grande de juin s’est déroulé dans un contexte de températures anormalement élevées et de faible humidité relative, associé à une atmosphère très instable à l’origine de rafales de vent qui ont accéléré la propagation de l’incendie. Le feu de Gois en octobre 2017 a été marqué par des vents forts et persistants venus du sud, conjugués à la sécheresse.
Entre 2000 et 2017, le Portugal a ainsi connu 11 années durant lesquelles plus de 100 000 ha/an ont brûlé. Rappelons que ce pays ne couvre qu’une superficie d’environ 92 000 km2, soit près de 6 fois moins que celle de la France métropolitaine.
Le 23 juillet 2018,en Grèce dans la région de l’Attique (située autour d’Athènes), un incendie s’est déclaré en forêt et s’est très rapidement propagé en limite de zone urbaine, d’après un article du Bulletin of the American Meteorological Society (Lagouvardos et al., 2019). En moins de 3 heures, 1250 ha ont brûlé, causant la mort de 102 civils et incendiant 3000 maisons. Ce feu extrême, caractérisé par une très grande vitesse de propagation, a résulté de rafales de vents exceptionnelles pour un mois d’été, de températures dépassant 38°C et de conditions très sèches (humidité relative inférieure à 20%).
Selon le rapport annuel publié par le système européen EFFIS (voir page 26 plus d’informations sur ce système), 2021 a été une année exceptionnelle en matière d’incendie dans plusieurs pays situés sur le pourtour méditerranéen. 140 000 ha du territoire de la Turquie sont partis en fumée cette année-là, alors que depuis 1990, elle n’avait connu que des surfaces annuelles brûlées comprises entre 3 000 et 30 000 ha (environ 10 000 ha en moyenne). Les feux d’Antalya ont notamment parcouru près de 60 000 ha au total.L’Algériea également connu un été exceptionnel quand à la surface brûlée, sous l’effet d’intenses chaleurs en juillet- août, puisque ce fut la plus élevée en comparaison avec les 10 années précédentes. Plus de 100 000 ha au total ont été incendiés, alors que le pays ne compte pourtant que 4.1 millions d’hectares de forêt, soit un taux de boisement de seulement 11% de son territoire. Ces incendies dramatiques sont aussi ceux qui ont fait le plus grand nombre de victimes dans le pays (près d’une centaine).
En France, les conditions climatiques de l’été 2022, combinant sécheresse, températures élevées et vent, ont fait de cette année la plus touchée depuis 2003 : 70 000 ha ont brûlé au total en France, au cours d’une saison très longue, avec des risques très élevés d’incendies de juin à octobre. D’après les chiffres donnés à la fin de l’automne 2022 par l’Office National des Forêts (ONF), ces incendies se sont déroulés dans des départements habituellement beaucoup plus épargnés : au total, 52 départements ont connu un feu de plus de 10 hectares. En 2022, les 4 plus grands incendies se sont déroulés en Gironde. Ils ont eu lieu à Landiras en juillet sur 12 500 ha, ce qui en fait le second plus gros feu en France après celui de 1949, puis à Saint-Magne, aussi appelé “Landiras 2”, en août 2022 sur 7 100 ha. Le feu de la Teste de Buch, avec 5 700 ha brûlés, dont 1 100 ha en forêt domaniale, arrive en 3ème position. Le 4ème feu de l’année 2022 en surface a été celui de Saumos en septembre sur 3 200 ha environ. Mais en 2025 le plus grand feu jamais vu en France se déclare dans le massif des Corbières. IL touche 16 communes et dévaste envoron 16.000 hectares . Il sera dénommé « l’ogre des Corbières ». IL démarre le 5 Aout et il faudra attendre le 28 aout pour son extinction . Le 26 Mars 2026 l’Union Eiropéenne publie sa stratégie de gestion des feux. La culture du feu entre dans une nouvelle phase.
