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Comment la Grèce se protège des feux

Zones coupe-feu, drones, satellites… Comment la Grèce se prémunit contre les incendies hors normes

Clémentine Athanasiadis, correspondance particulière à Athènes (Grèce)

Des zones ravagées par les incendies dans la région de l’Attique, en Grèce, le 15 août 2024.
Des zones ravagées par les incendies dans la région de l’Attique, en Grèce, le 15 août 2024. AYHAN MEHMET / Anadolu via AFP

En première ligne du réchauffement climatique, la Grèce est très exposée aux incendies. Après des étés difficiles, à lutter contre les flammes, aux portes des villes, le pays a revu ses méthodes et mise sur la prévention.Offrir l’article1

Trente ans de métier et pourtant, Nikolaos Lavranos est toujours bouleversé par la disparition de l’un des siens sur le front des flammes. Le soldat du feu grec évoque avec gravité les deux pompiers français décédés dans les feux en Gironde. Comme abasourdi, il énumère les incendies dévastateurs en France, en Espagne, au Canada…

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Président de la Fédération panhellénique du personnel du Corps des sapeurs-pompiers, il ne connaît que trop bien ces situations. La Grèce fait partie des pays méditerranéens les plus exposés aux conséquences du changement climatique : des hivers plus doux, couplés à de longues périodes de sécheresse, et des épisodes de chaleur extrême qui créent des conditions favorables à des feux plus fréquents, plus violents et plus difficiles à maîtriser.

Un système d’alerte d’urgence des populations

Des dizaines d’incendies ont ainsi frappé la Grèce, ces dernières années, dont certains meurtriers. Cette vulnérabilité s’explique notamment par la présence d’habitations au contact de massifs forestiers. Une situation particulièrement visible en Attique, région d’Athènes la plus peuplée du pays. Près de 40 % de ses zones boisées ont été brûlées depuis 2017, selon l’Observatoire national d’Athènes.

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Plusieurs incendies particulièrement meurtriers restent gravés dans la mémoire collective. En particulier ceux du Péloponnèse en 2007, qui se sont soldés par des dizaines de morts, ou celui de Mati, à l’est d’Athènes en 2018, où plus de cent personnes ont péri, piégées par les flammes. Cette catastrophe, l’une des pires de l’histoire récente du pays, a marqué un tournant dans la gestion des feux. La Grèce s’est dotée d’un système d’alerte d’urgence, le 112, capable d’envoyer des messages sur les portables des personnes situées dans les zones à risque, pour éviter les pertes humaines.

Depuis, les scènes d’évacuation se répètent comme une litanie. Tous les étés ou presque, les incendies se rapprochent des zones habitées et les flammes obligent des milliers de personnes à fuir, comme dans le Péloponnèse, aux portes d’Athènes, à Eubée en 2021, ou sur les îles touristiques, dont Rhodes en 2023.

Des drones pour détecter rapidement les foyers

Mais cet été, alors que la France s’embrase, la Grèce semble épargnée. « Pour l’instant, on a de la chance », insiste Nikolaos Lavranos. Cela tient entre autres à un facteur météorologique plus favorable, mais pas seulement. « Nous pouvons détecter très rapidement un départ de feu grâce aux drones », précise le pompier, alors que 110 appareils équipés de capteurs thermiques et optiques opèrent jour et nuit dans les régions les plus à risque du pays.

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Nikolaos Lavranos explique : « En quelques secondes, le drone peut localiser le foyer d’un incendie. Une alerte est envoyée au centre de coordination et peut déclencher la mobilisation des moyens terrestres et aériens. » Cette année, des satellites à haute précision complètent ce dispositif. « Depuis le mois de mai, quelque 2 000 départs de feu ont été enregistrés, mais aucun ne nous a mobilisés plus d’une journée », assure le spécialiste. Ces outils s’inscrivent dans une modernisation plus large de la protection civile grecque, impulsée en 2024, via le programme Aegis, doté d’un budget de 2,1 milliards d’euros, financé en partie par des fonds européens.

Plus de prévention

« Pendant des décennies, la Grèce a privilégié la lutte contre les feux au détriment de la prévention », déplore Elias Tziritis, coordinateur des actions de lutte contre les incendies de forêt au sein du WWF Grèce. Athènes cherche désormais à réduire les risques de propagation des feux. Cela passe par une meilleure gestion des forêts avec la réduction de la végétation combustible, l’entretien des routes forestières ou encore la création de zones coupe-feu.

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Une loi adoptée en 2026 entend ancrer cette prise de conscience. Elle impose des plans de prévention des incendies dans chaque municipalité et région, autorise le brûlage ciblé sous contrôle strict et prévoit l’analyse des grands feux afin d’en tirer des leçons. Elle donne également une place accrue aux scientifiques dans la préparation et la gestion de crises. « Cette loi est très positive, reconnaît Elias Tziritis. Maintenant, il faut qu’elle soit appliquée. »

Malgré les moyens déployés, Nikolaos Lavranos reste prudent. La bataille n’est jamais gagnée d’avance. Chaque été reste une épreuve. « Le feu dispose de ses propres armes. Tout peut basculer très vite. »