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Ceuta : qui en veut à l’Espagne ? ( François Gemenne)

Il semble clair aujourd’hui que le mouvement de foule à Ceuta a été provoqué par une rumeur imbécile sur les réseaux sociaux, qui affirmait que l’enclave était désormais ouverte. Manifestement encouragés par des gendarmes marocains, des dizaines de milliers de gens ont profité de l’opportunité. Parmi eux il y avait évidemment des candidats à la migration qui avaient été refoulés au cours des derniers mois, et il y avait aussi de simple curieux qui ont vu l’opportunité de rentrer dans une ville à laquelle ils n’avaient normalement pas accès. S’il y avait dans mon pays une ville dans laquelle je ne pouvais pas aller, je serais également curieux d’aller la voir.

Qui a propagé cette rumeur sur les réseaux sociaux ? S’agissait-il simplement de générer de l’engagement pour quelques influenceurs inconscients ? Etait-ce une rumeur organisée pour générer des images d’invasion qui seraient comme un cadeau du ciel pour l’extrême-droite ? Etait-ce un coup monté contre l’Espagne ? Quel a été exactement le rôle trouble des autorités marocaines ? A ce jour, ces questions restent sans réponse.

Ce qui est clair, c’est que la situation a provoqué, une nouvelle fois, une crise politique en Europe. Là où les pays européens auraient dû se montrer solidaires avec l’Espagne devant cette situation exceptionnelle, plusieurs en ont carrément profité pour la poignarder dans le dos, sans un mot pour les 58 victimes du mouvement de foule. L’Italie, qui déplorait le manque de solidarité européenne quand elle était confrontée à des afflux massifs à Lampedusa. Le Danemark, alors que l’Espagne était en pointe pour défendre le Groenland contre les velléités d’annexion de Donald Trump. La Finlande, alors que l’Espagne n’a jamais cillé face à Vladimir Poutine.

Alors même que l’Espagne a réussi en 48 heures à ramener au Maroc la quasi totalité des personnes qui s’étaient introduites dans l’enclave, on continue à réclamer son exclusion de l’espace Schengen et le rétablissement des frontières intérieures. Et demain sera convoquée une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur, à la demande de 18 pays – je me félicite que la France ne fasse pas partie de ces 18 pays qui accablent l’Espagne alors qu’ils devraient l’assurer de leur solidarité.

Cette crise politique envoie un signal très clair à tous les régimes hostiles à l’Europe : pour déstabiliser l’Union européenne, il suffit d’envoyer des migrants à ses frontières. Quitte à envoyer des êtres humains s’y fracasser, littéralement. Tant que l’Union européenne continuera à vouloir externaliser sa politique d’asile et d’immigration, elle se rendra vulnérable à ces tentatives de déstabilisation.