INFOS

Journée de l’EUROPE : Défendre les journalistes, les services publics, le pluralisme.

Fêtant dans un même élan la journée mondiale de la liberté de la presse (le 7) et la journée de l’Europe ( le 9) le Club de la presse de Montpellier et le mouvement européen se sont unis Jeudi 7 mai à la Maison des Relations Internationales pour donner la parole à Renate Schroder, directrice de la Fédération européenne des journalistes. 

L’initiative est à saluer car pour beaucoup encore l’Europe n’est qu’économique et protectrice, et doit faire entendre davantage son identité culturelle et politique face à la montée du populisme. Devant une salle pleine, Renate Schroder a lancé un cri d’alarme souvent répété en ce moment, une mise en garde sur l’atteinte aux libertés de la presse et par osmose à la démocratie. 

Balayant d’abord les questions professionnelles et éthiques, elle a rappelé l’initiative de l’Européan Media Freedom ACT (EMFA)  un règlement destiné à renforcer la liberté et le pluralisme des médias dans les Etats membres. « Dans ce petit canton du monde qu’est l’Europe, nous avons une vision à 360° sur la désunion des Etats et des problèmes de la liberté de la presse » a-t-elle souligné. 

Dès 2024, partout en Europe on voit grandir l’érosion de l’indépendance et des services publics. Partout la situation se détériore en Slovaquie, Italie, Tchéquie, Hongrie.. La Directive n’est pas respectée. Les Etats s’en moquent et les pressions politiques fragilisent l’indépendance des médias publics. Et pourtant ce texte ne nécessite pas de transposition. Dans le droit national contrairement à une Directive. « Ses dispositions s’imposent immédiatement aux autorités publiques , aux régulateurs, et aux acteurs concernés ».  Les Etats membres sont immédiatement, dès sa parution, obligés de le respecter et sont responsables de la mise en œuvre effective des mesures prévues. L’Europe tente aussi de contrer la généralisation des opérations baillons organisées par de grands groupes contre la presse indépendante, rappelant la nécessité de la pluralité. Il y eut d’ailleurs un instant de débat à ce sujet. Pourquoi l’état français ne fait pas de ce sujet l’objet principal de ses investissements ? Pourquoi ne soutient-il pas davantage son service public ?« 

  Fig 1 : Ce qui reste de notre service public dans la grande ronde des médias que nous devons au Monde Diplomatique(ci-dessous) 

Les grands groupes ont toujours dominé la presse, mais un peu comme ils s’offraient un luxe, acceptant souvent de perdre de l’argent . Il en est tout autrement d’une nouvelle génération de patrons de presse, des Bolloré, Kretinsky, Drahi,..… chaque jour plus offensifs, prédateurs assumés du service public, qui veulent contrôler l’ensemble de la chaine d’opinion, du journal au livre, la maitrise financière et l’enrichissement sont à la clé.

Fig2 : un dispatching des medias « qui comptent » établi par la Monde Diplomatique 

L’objectif du règlement (EMFA) est de garantir l’indépendance éditoriale des medias, face aux pressions économiques ou politiques  Le Règlement ne prohibe pas directement la concentration des medias mais cherche à mieux l’encadrer afin que le public sache qui contrôle l’information, ce n’est pas un bouclier absolu contre la concentration. Il agit surtout comme outil de surveillance et prévention. Le public réagirait il s’il savait que toute la presse locale du Languedoc Roussillon appartient à la famille Baylet ou celle de l’Est au groupe Ebra ? Comment pourrait il évaluer si les journalistes peuvent travailler sans ingérence directe dans leurs contenus ? L’EMFA permet la surveillance, mais pas la suppression des risques. Dominique Antoni Président de Club de la presse animait le débat et a souligné l’importance de l’éducation. C’est tout petit que l’on acquiert le sens de la valeur du pluralisme sur la fabrication de l’opinion. Dans la région le club mène l’opération esprit’ critik dans les écoles et bientôt les associations et clubs.

En quittant la MRI on pouvait retrouver sur France 2 dans l’amission Complément d’Enquête une sorte de poursuite de ce débat, la bataille en cours suite au rapport Alloncle. La Cour des comptes a présenté il y a quelques temps la situation de notre service public  comme étant dans   « une situation financière critique qui impose sans délai des réformes . » Les réformes  proposées par le rapport Alloncle sont irrecevables et  vont à l’encontre de ce que préconise l’EMFA. UN service public tel qu’il le définit, peut il s’intégrer dans la stratégie européenne pour la démocratie lancée en 2020, dont l’objectif était de renforcer la liberté , l’indépendance et le pluralisme des médias au sein des Etats membres ? Respecte-t-il la volonté de créer un environnement médiatique plus libre, pluraliste et résistant aux pressions économiques et politiques, ou est-ce le retour de l’ORTF comme n’hésite pas à le dire Rosine Bachelot dans le fauteuil rouge de Complément d’enquête: « Charles Alloncle veut “liquider l’audiovisuel public” aux profits d’intérêts financiers et politiques. (…) Je suis stupéfaite des préconisations du rapporteur qui suggère que les dirigeants du groupe public soient choisis par le gouvernement. » 

En remettant toute autorité entre les mains de l’Etat peut-on garantir le pluralisme ? 

D Martin Ferrari

https://www.youtube.com/shorts/kzLNzWkcl3M: Roselyne Bachelot à Complément d’enquête