Filoxenia Conference Center, Nicosie, Chypre
8-9 avril 2026 Compte rendu de Denis Lacroix (Consultant en prospective et sciences marines)
Résumé:
Cette conférence tenue à Chypre les 8 et 9 avril 2026, était organisée dans le cadre des activités de coopération de l’UE sous présidence chypriote pour ce semestre. L’objectif était de rassembler une centaine de chercheurs des pays de la région et au-delà, afin de mettre en commun les connaissances sur la question de l’adaptation du changement climatique en Méditerranée-Est et au Moyen-Orient (EMME) et d’analyser sur ce qui pourrait être développé en matière de diplomatie par la science. Les 13 ateliers ont traité des enjeux, en matière d’environnement, d’activités humaines, d’éducation, de politique, etc. Il se dégage des travaux une meilleure prise de conscience de la nécessité, voire de l’urgence, de changer de modèle de développement dans tous les domaines notamment en matière d’énergie (décarbonation projetée en 30 ans, notamment via le nucléaire), d’habitat et d’infrastructures (les modèles n’intègrent pas encore le changement climatique), de sécurité alimentaire (attention aux coûts cachés), de sécurité en eau (problème quasi universel avec des solutions techniques mais aussi de sobriété et de comportement).
La région EMME est en avance de phase dans le changement climatique et souffre de plus en plus souvent de ses effets ; mais si elle ne manque ni de moyens, de technologies, ou de volonté politique, elle manque surtout de vision collective de long terme. Cependant, quand un réseau piloté par un petit groupe d’experts et de décideurs s’empare d’un problème concret, il obtient souvent de remarquables résultats avec un budget modeste et en peu de temps comme l’ont montré de nombreux intervenants. Mais comment transformer des success stories en évolutions structurelles soutenues au plan politique et institutionnel ? Ce changement d’échelle, dans tous les secteurs, est un nouveau défi car faire évoluer le système économique mondial, les choix géopolitiques et les comportements individuels exige d’énormes investissements, des décisions coûteuses et du temps. Ce temps requis, la durée d’une génération au moins, est-il suffisant pour éviter des turbulences violentes qui feraient perdre confiance dans la capacité de l’humanité à surmonter cette crise majeure liée aux limites du modèle extractiviste actuel ? Dans tous les scénarios d’évolution, il faut agir, mêmeà petite échelle, car inaction et procrastination ne mènent qu’à l’aggravation des problèmes déjà connus. Cette conférence a indiqué de nombreuses voies de sortie des impasses actuelles.
Pour la science, tout l’enjeu est de conserver sa rigueur et sa crédibilité, en essayant de jouer un rôle de catalyseur dans la prise de décision au sein de chaque pays comme en matière de coopération internationale. En ce sens elle peut contribuer à la diplomatie par la science, en sachant rester dans les limites de ses compétences, et en restant vigilante sur les risques d’instrumentalisation.
Panel 1 : Paramètres physiques
Modérateur : Prof. Jean Sciare (sciences atmosphère) ; Ph. Ciais, R. Alfarra, C. Zeferos, G. ZittisGZ : La température va atteindre +1,5°C entre 2030 et 2052 et continuera à croitre (+5°C en 2100 potentiel). La région EMME est en avance de 0,3 degré par rapport à la moyenne mondiale. Les EMEX vont devenir plus fréquents comme des vagues de chaleur (51,8 °c en Arabie saoudite en juin 2024) ou des pluies intenses (250 mm/24 h en avril 2024 à Oman). Le danger vient aussi de l’humidité. PhC (LSCE Paris / Acad. Sciences). Accélération des émissions de méthane (CH4), un gaz à effet important. Sa durée de vie est courte ; sa réduction aurait des effets rapides. Sa croissance varie de -5 à +15%. Les émissions viennent surtout de l’agriculture et sont liées à l’humidité avec des pics en Arctique et en Afrique du Nord. Il manque des investissements dans la réduction des émissions de CH4 lors de l’extraction des carburants fossiles. RA. : Un nombre croissant de villes vont être affectées par des vagues de chaleur, de poussières et de pollutions avec des foyers majeurs sur l’axe Sahara-Mongolie. La santé humaine est menacée, pas seulement sur les régions d’émissions mais sur de grandes distances. La réduction des super-polluants peut réduire les menaces sur la santé. CZ : le protocole de Montréal sur la réduction de l’ozone a fonctionné, mais les émissions d’UV (A et B) continuent d’augmenter. On observe aussi une hausse des cancers de la peau depuis 1970 sans lien avec la densité d’ozone. Or, l’exposition aux UV est négative pour la santé si elle est trop faible (déficit de vitamine D) ou trop forte.
