Avec le réchauffement climatique, la France confrontée à des feux de nouvelle génération

Des records d’hectares brûlés et des pompiers dépassés par l’ampleur et la vitesse de propagation des flammes : avec le réchauffement climatique, la France est directement concernée par un changement dans le type d’incendies, toujours plus complexes à gérer.Offrir l’article2
Un tourbillon de feu qui perce la végétation à toute vitesse, éparpillant des étincelles sur son passage. Les images impressionnantes de cette tornade rouge au cœur de l’incendie girondin témoignent de phénomènes inhabituels qui, parfois, déroutent les soldats du feu qui s’emploient à les contenir.
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Depuis plusieurs semaines, le pays vit au rythme des flammes. Plus de 42 000 hectares ont déjà brûlé cette année, dépassant le triste record de 2022. L’étendue, le nombre et l’ampleur des feux, exceptionnels, laissent penser que le pays est dépassé par un nouveau type de feux, plus agressifs et imprévisibles.
« Des feux extrêmes ou hors norme »
Sans aller jusqu’à parler de mégafeux, expression souvent réservée aux gigantesques phénomènes qui embrasent l’Amérique du Nord, les flammes qui traversent la France connaissent « de vrais changements », analyse Marion Toutchkov, experte en défense des forêts contre les incendies à l’Office national des forêts (ONF). « Nous parlons de feux extrêmes, ou de feux hors norme », précise-t-elle.
Comme dans l’incendie de Ribaute (Aude) en 2025, la propagation des flammes peut être beaucoup plus rapide et intense que dans un incendie plus classique, avec des pics pouvant atteindre 9 km/h, contre 1 km/h généralement. Résultat, les surfaces parcourues par les flammes atteignent des records, alors que la France parvenait jusque-là à éviter les feux de plus de 1 000 hectares grâce à sa stratégie de prévention et de lutte contre les incendies mise en place depuis les années 1990. « Au lieu d’un ou deux grands feux par an, nous en avons connu dix en 2022, et déjà cinq cette année », déplore Marion Toutchkov.
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Autre critère pour ces feux hors norme : leur durée. « Historiquement, les feux en zone méditerranéenne éclosent dans l’après-midi et sont fixés dans la nuit. Aujourd’hui, beaucoup durent plusieurs jours », relève l’experte.
Une évolution due au réchauffement climatique
Ces exceptions risquent néanmoins de devenir la nouvelle norme en France, puisque leur émergence est liée au réchauffement climatique. Les épisodes de fortes chaleurs et la sécheresse de la végétation accroissent la rapidité de propagation des flammes et leur intensité. Ce qui explique que l’année 2026, marquée par les canicules et la sécheresse des sols, soit particulièrement propice aux incendies.
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« Avec le changement climatique, les conditions météorologiques favorables à la propagation de ces feux extrêmes seront réunies de plus en plus souvent, et sur des périodes plus longues », détaille Mathieu Regimbeau, responsable de la division agrométéorologie et feux de forêt chez Météo France.
Revoir la doctrine nationale de lutte contre les incendies
S’y ajoute un autre phénomène, encore rare, que les pompiers qualifient parfois de « sixième génération du feu », en référence aux cinq niveaux auxquels ils sont habituellement formés. Il s’agit de feux convectifs, tellement puissants qu’ils génèrent leur propre météo et s’auto-entretiennent. La chaleur intense qu’ils dégagent crée son propre vent – comme avec les tornades de feu observées en Gironde –, et favorise une propagation encore plus rapide et imprévisible, provoquant notamment des sautes de feux, à plusieurs kilomètres.
« Ce sont des feux pour lesquels les stratégies d’extinction utilisées habituellement ne fonctionnent pas, décrit Jean-Baptiste Filippi, chercheur au CNRS. Ils sont rapidement incontrôlables, et toute la gestion de crise prévue est perturbée. »
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Dans les années à venir, la doctrine nationale « feu naissant » ne suffira donc plus, a averti le CNRS fin mai, dans une expertise scientifique collective publiée sur le sujet. « Les feux ont changé dans leur comportement, et l’organisation ancienne est caduque, abonde Élise Boutié, anthropologue spécialiste des impacts sociaux des incendies. Il faut y voir une nouvelle réalité, à laquelle les citoyens et les collectivités doivent se former, en plus des pompiers. » Une nouvelle génération à former.
Des fortes chaleurs aux incendies
Du 4 au 19 juillet 2026, la France a connu 16 jours de chaleurs torrides. Selon Météo France, c’est la troisième vague de chaleur la plus longue jamais enregistrée dans le pays, ex æquo avec celle de 2003. Au plus fort de cette vague, l’indicateur thermique national (ITN) a atteint 28,1 °C, soit plus de 7 °C au-dessus des normales de saison.
Juin 2026 a été le mois le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale, selon le service Copernicus sur le changement climatique.
La chaleur entraîne un assèchement des sols qui les rend plus vulnérables aux incendies. Or, selon les scientifiques du World Weather Attribution (WWA), le réchauffement climatique conduit à un risque cinq fois plus élevé d’aridité extrême en Europe occidentale.
