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la guerre des perdants . (ESPRIT)

par Revue Esprit

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L’attaque israélo-américaine contre l’Iran, le 28 février 2026, a replongé le Moyen-Orient dans la guerre. Or, si l’axe Washington-Tel Aviv a rapidement imposé sa domination militaire, sa victoire est loin d’être acquise. Après deux mois de guerre, aucun accord sur le programme nucléaire de Téhéran n’est en vue, le fossé stratégique entre Trump et ses alliés européens s’est creusé, et la stratégie de guerre asymétrique dans le détroit d’Ormuz permet à l’Iran de monnayer d’importantes concessions politiques de la part des États-Unis et d’Israël. Tandis que les rapports de forces régionaux sont en partie figés, les répercussions du conflit sur le coût de la vie et la stabilité politique globale s’aggravent, au point que le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, estime que le conflit a précipité la « plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de l’histoire ».

Les populations civiles, et notamment en Iran, subissent doublement les effets les plus destructeurs de cette guerre, sous le coup de bombardements israélo-américains continus, mais aussi d’une répression étatique brutale et renforcée, de coupures d’Internet et d’une détérioration accélérée de leurs conditions de vie. Les déclarations répétées de Trump et de Netanyahou en faveur des mouvements de résistance de la société civile iranienne, voire d’un changement de régime, n’ont rien changé à cet état de fait. Trop souvent les appels à soutenir la société civile et ses attentes ne sont que le masque de calculs stratégiques des États qui en méconnaissent les dynamiques propres.

Or, s’il incombe à Washington, Téhéran et Tel Aviv de mettre fin aux bombardements et aux blocus, aucun d’entre eux n’est plus en mesure aujourd’hui de se réclamer d’une victoire. L’administration américaine a trahi ses orientations non interventionnistes et en paie le prix auprès de son opinion publique, Israël est toujours plus isolé sur la scène internationale, et la République islamique se retrouve décapitée de ses plus hauts dirigeants. Derrière la fumée aveuglante des politiques de puissance, une société subsiste pourtant, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Iran, qui s’exprime, espère et lutte pour les droits et libertés que l’on s’acharne depuis si longtemps à lui refuser. Alors même que cette guerre ne semble produire que des vaincus, c’est de ses rangs que pourrait venir la seule victoire qui vaille.

La rédaction