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One health: laurent Miguet

Prévention des zoonoses : la science et la diplomatie marquent des points

Publié le 25 Mai 2026 par vertement dit

Chaque jour des milliers d’hectares de forêt disparaissent sous l’effet de la pression démographique humaine, mettant en contact de plus en plus étroit faune sauvage et populations, point de départ des zoonoses. 
© Holm_Klix-bat/Pixabay

Quelques jours après l’épidémie d’hantavirus à bord du MV Hondius au large de l’Amérique du Sud, le virus Ebola refait surface en Afrique de l’Ouest. Ces zoonoses confortent la doctrine One Health, qui prône une approche intégrée de la santé humaine, animale et écosystémique. Un bilan encourageant ressort du premier sommet mondial consacré à ce sujet, les 6 et 7 avril derniers à Lyon.

L’esprit du premier sommet mondial One Health se reflète dans cet exemple urbanistique : «Pour décider l’implantation d’un supermarché en lisière de forêt, les risques de zoonose mériteraient de figurer parmi les critères », expose Thierry Lefrançois, chercheur en santé animale et conseiller de la présidente du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Aux côtés d’Eric Cardinale, spécialiste du bien-être animal, il a coordonné la première journée de la rencontre internationale sur la prévention des zoonoses, le 6 avril dernier à Lyon. Consacrée aux échanges scientifiques, cette entrée en matière a précédé les prises de position et engagements politiques, le 7 avril. 

« Pour décider l’implantation d’un supermarché en lisière de forêt, les risques de zoonose mériteraient de figurer parmi les critères » (Thierry Lefrançois, chercheur en santé animale).
© Thierry Lefrançois

Les deux journées s’inscrivent dans la série diplomatique environnementale impulsée à partir de 2017 par le président de la République sous la bannière One Planet, en partenariat avec l’Organisation des nations-unies (Onu) et la Banque mondiale. « Le sommet visait principalement à favoriser les interactions entre science et décisions », résume Thierry Lefrançois, fort de son expérience au conseil scientifique français sur le Covid 19.

Besoin transversal.   Les experts planétaires en santé animale, végétale, humaine et écosystémique se sont concentrés sur quatre thèmes : les maladies émergentes, les pollutions, les systèmes alimentaires et les résistances microbiennes – y compris l’antibiorésistance. « A ce cadre, les travaux préparatoires ont mis en évidence le besoin d’ajouter trois questions transversales, présentes dans chacune des thématiques : les sciences humaines et sociales, les données et la gouvernance », précise Thierry Lefrançois. L’exemple du supermarché en lisière de forêt éclaire le besoin de transversalité. Cette grille d’analyse a permis de sélectionner les bons exemples mis en valeur pendant le sommet. Les participants ont notamment pris connaissance des premiers pas du réseau qui réunit 12 pays africains engagés dans le projet Capacitating One Health in Eastern and Southern Africa (Cohesa, COHESA / Projets – UMR ASTRE), soutenu par le Cirad, l’Institut national de recherche en agriculture et environnement (Inrae) et l’Université de Montpellier. « Des modèles vertueux d’agroécologie se développent, limitant la pollution », se réjouit Thierry Lefrançois. Le chercheur cite les circuits courts mis en place au Zimbabwe : les cantines scolaires utilisent le biogaz produit à partir de la collecte des déchets et de l’élevage. L’exemplarité se mesure à l’ampleur du défi posé à l’Afrique : « Aujourd’hui, en quelques semaines, l’implantation d’une mine met à mal des milliers d’hectares de forêts, alors que depuis le néolithique, l’introduction de l’homme dans les milieux naturels se réalisait en plusieurs siècles. Les violentes perturbations qui s’ensuivent touchent la faune à la recherche de nourriture, et les populations précaires concentrées dans des bidonvilles. Leur rapprochement crée des réservoirs pour l’amplification des pathogènes », décrit Gilles Salvat, vétérinaire en charge du pôle Recherche à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Tous les ingrédients favorables à la réapparition récente d’Ebola figurent dans ses propos recueillis plusieurs semaines avant : le virus sévit à la frontière entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda, dans une région d’extraction minière et de conflits armés, deux facteurs de destruction d’écosystèmes et de précarisation des populations. A l’échelle planétaire, la rapidité des intrusions humaines dans le monde sauvage cumule ses effets avec les impacts du dérèglement climatique : « Ce changement affecte la faune, et favorise l’arrivée et l’adaptation d’agents pathogènes en Europe », souligne Muriel Vayssier-Taussat, cheffe du département Santé Animale de l’INRAE et directrice de l’Institut Carnot France Futur Elevage.

Sur le navire de croisière MV Hondus, l’épidémie d’Hantavirus a réveillé la conscience mondiale des risques sanitaires induits par les intrusions humaines dans le monde sauvage. © Collinsdrik/Pixabay

Consensus renforcé.   Face au défi des zoonoses, le sommet One Health a répondu aux attentes des scientifiques qui l’ont préparé : « Sensibles à l’approche transversale, les meilleurs spécialistes des quatre thèmes ont répondu présent. En amont, 300 experts avaient préparé une série de recommandations publiées dans la soirée du 6 avril  », témoigne Thierry Lefrançois. La première journée a rassemblé 750 personnes, bien au-delà des 450 scientifiques invités : les politiques et les financeurs ont suivi. Deux scientifiques ont incarné les interactions entre les deux journées: Carlo Das Neves, co-président du comité d’experts One Health (One health high level panel), et Richard Horton, rédacteur en chef de la revue The Lancet (The Lancet : Page d’accueil du journal) ont participé aux échanges politiques du 7 avril, introduits par Emmanuel Macron et son homologue ghanéen John Dramani Mahama. En s’affichant officiellement comme partenaires, la Mauritanie, la Lybie et les agences de santé publique du Canada et du Brésil ont consolidé l’approche globale de la santé. Cette assise institutionnelle s’ajoute aux engagements financiers apportés par la Banque mondiale et la Banque islamique de développement. Emmenées par Lyon dans la soirée du 6 avril, les villes engagées dans l’approche globale de la santé se sont constituées en réseau. 

Certes, quelques ombres voilent ce tableau réjouissant: la France n’a annoncé aucun nouvel engagement financier, et la participation de la trentaine d’Etats s’est concrétisée plus souvent au niveau ministériel que présidentiel. L’absence de représentant politique des Etats-Unis a confirmé l’opposition frontale désormais opposée par ce pays à la science et au multilatéralisme. A l’inverse de la trajectoire européenne, marquée par « une énorme diminution de l’usage des antibiotiques dans les élevages », selon Muriel Vayssier-Taussat, le système agricole américain entretient l’un des foyers mondiaux de l’antibiorésistance, y compris dans la production céréalière. Mais cinq ans après la crise du Covid, le sommet One Health a confirmé la solidité de l’alliance quadripartite scellée en 2021 par le Programme des Nations-Unies pour l’environnement (Pnue), l’Organisation mondiale pour l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale de la santé animale (WAOH) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « La participation massive de représentants des professions médicales manifeste leur volonté de s’impliquer dans une approche commune, aux côtés des vétérinaires et des écologues », applaudit Thierry Lefrançois. 

Le premier sommet mondial sur l’approche intégrée des santés animale, humaine et écosystémique s’est tenu les 6 et 7 avril à Lyon. © oneplanetsummit.fr

Enfoncer le clou.   Maintes fois évoqué durant le sommet, un acronyme symbolise l’objectif commun : Prezode (Preventing zoonotic disease emergence, Accueil – Prezode). Impulsé par l’Inrae, le Cirad et l’Institut de recherche pour le développement (IRD), ce projet de recherche intégré à France 2030 bénéficie de 30 millions d’euros. Le sommet de Lyon a renforcé sa dimension mondiale et lui a donné une nouvelle visibilité, avec la formalisation d’une série d’engagements.

Pour enfoncer le clou, les scientifiques engagés dans One Health misent sur la génération montante. A l’initiative de l’IRD, une centaine de jeunes du monde entier, âgés de 20 à 35 ans, ont rédigé un plaidoyer diffusé à Lyon (Sommet One Health : la jeunesse et l’IRD portent une vision ambitieuse pour une santé mondiale plus juste | Site Web IRD). Ils demandent « que chaque sommet, chaque réforme, chaque investissement soit évalué à l’aune de son impact sur la santé des sociétés humaine, des animaux et des écosystèmes ». A court terme, la valorisation de l’événement résultera d’une négociation avec The Lancet, autour d’un article scientifique en cours de rédaction jusqu’à la fin mai, avant la phase de relecture par les pairs. « Pour obtenir un maximum d’impact, nous espérons la publication avant la conférence sur les pandémies prévue par l’Onu à Washington à la fin de cet été », annonce Thierry Lefrançois. La publication pourra également alimenter les débats attendus à la prochaine conférence des parties (Cop 31), programmée en novembre 2026 à Antalya (Turquie). L.M.