Environnement : la réutilisation des eaux usées, une solution encore très peu répandue en France
Plusieurs pays méditerranéens ont mis en place de vastes systèmes de réutilisation des eaux usées. En France, le coût de revient reste un des premiers freins, notamment pour les agriculteurs.
Marie BELLAN Les Échos

Par Marie Bellan
Publié le 19 févr. 2026 à 07:06
Difficile de parler de manque d’eau en cette période d’inondations où des centaines de foyers dans l’Hexagone se retrouvent littéralement sous l’eau. Et pourtant, la ressource en eau et son équitable partage entre tous les usages sont un sujet qui va devenir déterminant dans le débat public. Le gouvernement n’a pas caché son intention d’en faire l’un des principaux points de la loi d’urgence agricole qu’il est en train de rédiger, avec notamment de nouvelles flexibilités pour la construction de retenues d’eau à usage agricole.
Dans ce contexte, le recours à la réutilisation des eaux usées, encore très émergent en France, se pose avec de plus en plus d’acuité car la disponibilité de la ressource en eau ne peut plus être considérée comme acquise, y compris dans les régions jusque-là peu habituées aux sécheresses.
Près d’un tiers des projets abandonnés
« La sécheresse des sols n’est plus un risque, c’est une certitude », explique Esther Crauser-Delbourg, économiste de l’eau, dirigeante du cabinet Water Wiser et coautrice d’un rapport à paraître ce jeudi avec l’institut Terram.
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La « réut » consiste à utiliser une eau ayant déjà été traitée une première fois. Au lieu de la laisser repartir dans la nature après épuration, ce qui se fait dans 99 % des cas en France, elle est directement utilisée pour des usages qui peuvent être très variés : arrosage d’espaces verts, usages agricoles, nettoyage… Ce système de récupération permet de diminuer les prélèvements dans les milieux naturels.« Les eaux usées constituent un volume abondant, localisé, produit quotidiennement et disponible y compris en période estivale, lorsque les débits des cours d’eau diminuent fortement », note le rapport de l’institut Terram.
Malgré ces atouts, près de 30 % des projets de réutilisation ont été abandonnés en cours de développement ou arrêtés après quelques années d’exploitation, selon les chiffres du Cerema. « La question du coût est centrale, rappelle Esther Crauser-Delbourg. On ne peut pas mettre en place ce système pour un seul usage et si c’est pour l’agriculture, il faut que ce soit pour des cultures à forte valeur ajoutée comme l’arboriculture, la viticulture ou le maraîchage ».
En effet, le coût de l’eau issue de la « réut » est compris entre 0,80 et 1 euro/m3, là où l’eau prélevée directement dans les milieux naturels et utilisée pour l’irrigation des grandes cultures céréalières se situe dans une fourchette entre 0,05 et 0,20 euro/m3.
Un partage des coûts
Certains pays, davantage habitués aux périodes de sécheresse, en ont fait un pilier de leur stratégie de ressources en eau. En Espagne par exemple, dans la région de Murcie, au sud du pays, près de 98 % des eaux usées sont traitées et réutilisées, en particulier pour le maraîchage. La ville de Barcelone, elle, combine la « réut » avec le dessalement de l’eau de mer pour produire de l’eau potable pour ses habitants. Mais c’est sûrement en Israël que la « réut » est le plus développée : 85 % à 90 % de l’eau traitée est réutilisée, dont près de la moitié est destinée directement aux usages agricoles.
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Sans être aussi conséquent, un déploiement de la « réut » en France ne pourrait s’envisager qu’avec un partage des coûts entre différents acteurs. A Mont-de-Marsan (Landes) par exemple, les investissements ont été partagés entre la région, l’agence de l’eau et les agriculteurs irrigants. « L’objectif n’est pas de généraliser la « réut » à tout prix et n’importe où. Cela dépend des usages, des coûts associés. C’est un peu comme la dessalinisation, ça ne peut pas être le prétexte à un usage débridé de la ressource en eau, sous prétexte qu’on peut la réutiliser », prévient Esther Crauser-Delbourg.https://flo.uri.sh/visualisation/27693296/embed
Une manière de dire que la hiérarchisation des usages de l’eau entre agriculture, ménages et entreprises reste au coeur de la réflexion qui reste à mener dans l’Hexagone.
Marie Bellan
