Repenser le tourisme en Méditerranée
Du Parc national d’Al Hoceima au Maroc à l’île de Djerba en Tunisie, en passant par les réserves côtières du Liban, l’UICN Med aide les communautés locales à développer un tourisme authentique et à faible impact.

Chaque été, la Méditerranée devient le terrain de jeu du monde. Des millions de visiteurs affluent vers ses côtes, exerçant une forte pression sur des écosystèmes fragiles qui, derrière les cartes postales, peinent à survivre. Le défi est clair : comment préserver le tourisme – moteur économique de la région – sans qu’il détruise les paysages et les cultures qui en font la richesse ?
Depuis plus de dix ans, le Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN (UICN Med) œuvre pour promouvoir un tourisme durable à travers la région, en développant des modèles d’écotourisme avec le Réseau MEET et en renforçant les capacités des acteurs locaux.
Forte de cette expérience, l’UICN Med dirige aujourd’hui l’Initiative pour un tourisme bleu en Méditerranée (Blue Tourism Initiative), une composante d’un programme plus large également déployé dans l’océan Indien occidental et les Caraïbes. Cette initiative régionale vise à réorienter le secteur vers la durabilité, en combinant la recherche scientifique avec des actions concrètes sur certains des sites les plus vulnérables de la Méditerranée.
De la connaissance à l’action
Ces dernières années, l’UICN Med a également posé les bases scientifiques de l’action. Le rapport Mapping Blue Tourism (2024) a présenté la première évaluation de la vulnérabilité des écosystèmes côtiers et marins méditerranéens face à la pression touristique, tandis que Sustainable Blue Tourism in the Mediterranean (2025) a proposé un diagnostic clair des défis du secteur – tels que le changement climatique, le développement côtier incontrôlé et le tourisme de masse – ainsi qu’une feuille de route pour sa transformation.
Cette feuille de route identifie sept axes d’action politique, allant de l’adaptation au climat et la gestion durable des destinations au financement durable et aux réformes de gouvernance.
Des actions sur le terrain

Le travail ne reste pas sur le papier. Dans le Parc national d’Al Hoceima (Maroc), de nouveaux partenariats avec des ONG locales créent des expériences touristiques fondées sur la nature, destinées à détourner les visiteurs des circuits de tourisme de masse vers un écotourisme dirigé par les communautés locales. Des sentiers sont restaurés, une signalisation installée et des circuits en petits groupes conçus pour mettre en valeur les paysages et les traditions culturelles du parc, tout en assurant que les communautés locales bénéficient équitablement des revenus.
De l’autre côté de la mer, sur l’île de Djerba (Tunisie), des zones humides fragiles sont aménagées avec des sentiers de découverte et des panneaux d’interprétation, tandis que les hôtels apprennent à réduire le gaspillage d’eau, à éliminer les plastiques et à planter des espèces végétales locales.
Iberostar, acteur mondial de l’hôtellerie, fait partie des partenaires qui testent comment les normes de biodiversité peuvent transformer l’industrie hôtelière sur l’une des îles les plus touristiques de la Méditerranée.
Comme l’a souligné le directeur de l’UICN Med, Maher Mahjoub, les enjeux sont majeurs :« Les écosystèmes côtiers sont sous pression, mais avec les bonnes politiques et les bons partenariats, le tourisme peut devenir une force de protection plutôt qu’une menace. »
Le tourisme comme moteur de durabilité
Prévue jusqu’en 2026, l’Initiative pour un tourisme bleu (Blue Tourism Initiative) vise à faire du tourisme un moteur de durabilité, en associant recherche rigoureuse et actions concrètes dans certains des écosystèmes côtiers et marins les plus vulnérables au monde.
Lancée en juillet 2022 pour une durée de quatre ans, l’initiative dispose d’un budget total d’environ 4,3 millions d’euros. Elle est cofinancée par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) et bénéficie du soutien de Our Blue Future (GIZ), de la Banque mondiale, du PNUE, ainsi que de partenaires tels que l’IDDRI, eco-union, CANARI, CORDIO et l’UICN Med.
Pour une région dont l’identité et l’économie sont étroitement liées à ses côtes, cette transformation pourrait bien être la seule façon de maintenir vivant le “cœur bleu” de la Méditerranée.
