Réchauffement climatique : désinformation et mésinformation
ARTICLE paru dans ACCROCHES N°61(janvier, février, mars 2026) club de la presse OCCITANIE. Autrice: Dominique Martin Ferrari
« Le réchauffement climatique est la plus grande arnaque du siècle » Cette déclaration de D.Trump va bouleverser le monde mobilisé par le GIEC depuis 1990 pour une sensibilisation accrue au réchauffement, une des plus grandes menaces pour l’humanité au même titre que les guerres et le manque d’eau.
Suite à cette prise de position officielle la désinformation climatique explose sans nuances.Pourtant, quand le milliardaire américain introduit le doute dans la pensée, et nie la vérité reposant sur les chiffres, ce n’est pas la même chose qu’un chercheur qui, par prudence, suspend son jugement faute de conclusion claire sur un sujet encore en cours de réflexion.
Imposer le doute dans le cas de D. Trump, c’est de l’ingérence, de la désinformation, utiliser le doute du scientifique sans référence au débat en cours, c’est de la mésinformation.
En France, l’étude de 18 chaines de télévision et de radio révèle 529 cas de mauvaises informations climatiques repérées entre janvier et Aout 2025 par les ONG Data for Good, Quota Climat et Science Feedback, Ces cas ont été détectés à l’aide de l’IA, ce sont , nous dit le rapport :« des affirmations « non étayées », « scientifiquement contredites »,
« manipulatrices par omission » ou « fondées sur des théories invalidées » qui révèlent la vulnérabilité du débat public face à des tentatives de manipulations ou à des erreurs de compréhension.
L’action des autorités :ne suffit malheureusement pas à en contrer les effets. Epinglée, C News a été la première chaîne de télévision condamnée par le Conseil d’État à une amende pour désinformation climatique, quant à Sud Radio, un problème toutes les 40 minutes de programme consacrées à ce sujet. autour de l’information reste détecté.
La désinformation a quitté les réseaux sociaux pour s’inviter dans les médias traditionnels. C’est grave parce que 69% des français font confiance aux journaux télévisés d’information contre 29% aux réseaux sociaux. A proximité des grands moments politiques et géopolitiques comme les débats parlementaires et sénatoriaux, ou les COP, une mauvaise information vient brouiller le débat démocratique autour des mesures proposées Les progrès adoptés qui pourraient faire reculer le réchauffement sont occultés au profit du débat sur l’irresponsabilité face à l’urgence ou par un traitement événementiel. L’échec non expliqué, entretient l’impuissance et le désintérêt.
La désinformation climatique est souvent une donnée culturelle.
L’Homme refuse de reconnaitre ses responsabilités sur le réchauffement : c’est une manière pour lui de se déculpabiliser. Il accuse le soleil, les forces divines, la marche du monde …ou bien, il nie les risques en brandissant le techno-scientisme. Plus simplement encore, malgré les efforts d’information intenses menés depuis 2022, le déni reste ancré par la confusion climat et météo, au grand dam de météo France. En Languedoc Roussillon, il a suffi par exemple du retour des pluies après des années de sécheresse, d’un peu de neige sur les hauteurs pour que ceux qui ne voulaient pas croire au réchauffement se réjouissent. Fi des morts dus aux coulées d’avalanche ou aux inondations, les faits cèdent le pas aux opinions ;en un mois on oublie trois ans d’années plus chaudes que la moyenne. Aux premières canicules, les opinions risquent à nouveau de se modifier. On aura perdu un an d’action pour s’adapter, et surtout manqué une pression indispensable sur les futurs élus municipaux quant à l’élaboration de leur programme en connaissance de cause.
C’est en cela que la désinformation est grave.
Elle est devenue un outil stratégique déployé par des acteurs identifiés (extrême droite, groupes complotistes, économie carbonée, ingérences étrangères…) Sans recontextualisation historique ou scientifique, la reprise d’un discours politique peut être dangereuse. L’extrême droite a agi à Bruxelles pour faire reculer les engagements climatiques en proposant le maintien des véhicules thermiques. En France le RN minimise l’objectif de réduction des émissions de méthane pour flatter les agriculteurs.
Ajoutons à ces opinions politiques, les incertitudes. Si le réchauffement est aujourd’hui fondé par des chiffres, ses manifestations restent des questions. Demain, l’AMOC (le courant atlantique qui transporte les eaux chaudes vers l’Europe) peut s’effondrer, Paris serait alors menacé de vivre un -18°c en hiver ! Comment se mobiliser contre le réchauffement dans ces conditions ?
On voit qu’une différence très nette se profile entre constat des faits, et choix des solutions selon les prospectives ou scénarios. D’autant que qui dit solutions, dit choix de société entre plus de sobriété, plus de technologie, ou plus de changements sociaux ? Le travail du journaliste devient encore plus exigeant. Il doit comparer, sourcer les solutions proposées, les mesurer à l’aune de leur impact et surtout faire preuve d’humilité car pas plus que les scientifiques il ne sait de quoi demain sera fait On reproche par exemple à certains textes de ne pas assez souligner l’apport des énergies renouvelables. Si leur progression est indéniable (X 3 en 2025) on peut dire aujourd’hui qu’elles répondent comme le nucléaire à la fourniture d’électricité. Mais, elles seraient insuffisantes pour répondre aux besoins énergétiques de l’industrie, des transports, de l’habitat s’ils abandonnaient les fossiles pour l’électricité, comme le souhaitent tous ceux qui luttent contre le réchauffement. Or chaines de télé et réseaux sociaux n’hésitent pas à entretenir la confusion entre fourniture d’électricité et fourniture d’énergie dans des domaines encore non électrifiés.
Pour l’instant la science dit le fait : on constate un réchauffement du à l’usage trop important des énergies fossiles. Le nier relève de la désinformation. Pour le reste, choisir une solution appartient souvent à un débat scientifique en cours, il convient d’en préciser les contours
Le débat est loin d’être clos.
Dominique Martin Ferrari
ENCADRE :
Data for good : Data for good est une communauté de 7000 bénévoles de la tech qui mettent leurs compétences et leurs temps au service de l’intérêt général.Application mobile de calcul d’empreinte carbone au quotidien ·
Quota climat : L’association QuotaClimat s’est constituée début 2022, travaille avec les citoyens, les entreprises, les associations, les responsables politiques, les scientifiques et les journalistes, pour interpeller ensemble sur la nécessité d’un traitement médiatique à la hauteur de la crise écologique.
Science Feedback : site web fondé en 2015 par Emmanuel Vincent, docteur en océanographie et climat Les éditeurs de Science Feedback identifient les affirmations virales à vérifier en fonction de leur influence sur les réseaux sociaux et de leur lien, réel ou prétendu, avec la science.
