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Changement climatique : dans le laboratoire à ciel ouvert des vignerons catalans qui luttent pour leur survie

ByTecsol 22 Février 2026

Sources et optimisme de la société TECSOL qui mise sur l’effet des panneaux photovoltaïques.

A savoir si cette solution est durable et si elle n’endort pas les viticulteurs ?

Dans les somptueux paysages des Pyrénées-Orientales, les viticulteurs confrontés au changement climatique mettent à l’épreuve de nouvelles pratiques pour éviter la déprise agricole.

Par Christian Goutorbe, correspondant à Perpignan (Pyrénées-Orientales) 

Depuis novembre, la pluie fait le beau temps des 1 418 vignerons déclarants du Roussillon et de leurs 15 200 ha. Le vignoble a reçu en deux mois 524 mm d’eau. C’est plus que sur toute l’année 2024 (517 mm) et le double de 2022 (305 mm) et 2023 (244 mm), années durant lesquelles il était tombé autant de pluie… que dans le sud de l’Espagne.

Ainsi, après 30 mois d’aridité et de désespoir, les viticulteurs catalans espèrent s’inscrire dans un nouveau cycle climatique favorable. Les rendements se sont redressés doucement en 2025, de 18 à 21 hectolitres à l’hectare. « Mais nous sommes encore loin du seuil de rentabilité entre 37 et 38 hectos, niveau que nous n’avons jamais atteint depuis 2018, tempère Julien Thiery, chef du service viticulture à la chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales. Nous sommes en décalage par rapport aux autres départements du Languedoc qui produisent autour de 50 hectos. Les producteurs sont en résilience économique depuis des années. »


André Joffre, fondateur de Tecsol, est encore plus optimiste. « Les planètes s’alignent. Avec les syndicats du solaire et des énergies renouvelables, nous venons d’obtenir l’adoption de la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), c’est le redémarrage de notre filière, se félicite-t-il. Nos parcelles catalanes sont taillées sur mesure pour être équipées, produire du vin et de l’électricité. »

Celui qui est considéré comme des papes du photovoltaïque dans l’Hexagone y voit d’ailleurs une planche de salut pour les agriculteurs. « Les panneaux pèseront autant que les bouteilles dans les comptes des vignerons », évalue André Joffre qui voit les Pyrénées-Orientales comme un Eldorado du solaire.

Son bureau d’études Tecsol a équipé une parcelle chez Francis Vila, à Trouillas. Les panneaux y sont en mode tracker pour suivre le mouvement du soleil. « Mais cela ne nuit pas à la vie de la plante. La grappe elle-même est toujours à l’abri du soleil. Les feuilles sont exposées pour assurer la photosynthèse. Et dès 2025, soit 18 mois après la plantation, nous avons récolté 10 hectolitres à l’hectare, ce qui est une bonne première récolte », raconte Francis Vila

FAIRE DURER, PREPARER.

Les mesures se multiplient donc pour rendre plus douce la transition. Au salon de l’agriculture, les labos et politiques égrennent la même musique: « aie confiance ». C’est ainsi que le Comissaire européen est arrivé en annonçant une aide de 40 millions d’euros pour les viticulteurs

Christophe Hansen, commissaire européen à l'agriculture et à l'alimentation de la Commission européenne.
Christophe Hansen, commissaire européen à l’agriculture et à l’alimentation de la Commission européenne. - Sebastian Gollnow/DPA/SIPA

Une aide bienvenue de l’Europe pour les agriculteurs ? Cette somme qualifiée de « bouffée d’oxygène pour le secteur » par Christophe Hansen pourrait « aussi être complétée par la France », « Le secteur est sous pression pour beaucoup de raisons », a souligné le responsable, à commencer par les maladies animales comme la dermatose nodulaire, « qui a frappé énormément notre secteur de l’élevage » et privé le Salon parisien de ses vaches pour la première fois de son histoire. Mais aussi en raison « des pressions géopolitiques suite à la guerre en Ukraine », sans oublier les droits de douane imposés par les Etats-Unis, ou la Chine.

« Distillation de crise »

L’enveloppe permettra de financer le recours à la « distillation de crise », un mécanisme qui permet en cas de surproduction de convertir des stocks excédentaires de vin en alcool réservé à un usage industriel, le tout financé par l’UE. « C’est une grande annonce pour le secteur du vin, on a libéré 40 millions d’euros de la réserve agricole, pour permettre à la France la distillation de crise, ce qui va enlever des volumes du marché » et aider à stabiliser les prix, a expliqué Hansen.

Dans ce « contexte très compliqué », le commissaire européen espère que comme lui, « beaucoup de visiteurs viendront aussi pour soutenir le secteur. Parce que le Salon de l’agriculture, c’est aussi une occasion de fêter et de soutenir notre secteur agricole ».

Recul des exportations

La filière française du vin avait demandé une telle mesure, tout en chiffrant de son côté ses besoins à 80 millions d’euros, face à une baisse tendancielle de la consommation hexagonale, couplée à un recul des exportations liée aux batailles commerciales avec les Etats-Unis et la Chine. L’UE a annoncé en outre mardi la suspension pour un an des droits de douane sur les importations d’engrais azotés et de leurs matières premières, à l’exception de celles provenant de Russie et du Belarus.

De quoi concrétiser un engagement pris début janvier par Bruxelles, qui devrait faire économiser 60 millions d’euros aux agriculteurs et fabricants d’engrais européens. Cela vise à répondre aux difficultés des cultivateurs de céréales ou de betteraves qui dénoncent l’envolée de leurs coûts de production, encore aggravée selon eux par l’entrée en vigueur cette année du mécanisme européen de taxe carbone aux frontières (MACF).

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