À Milan-Cortina, les JO-2026 même loin des aberrations écologiques passées ne s’épargnent pas quelques critiques
Environnement06/02/2026 06:00
L’organisation italienne a fait le maximum pour renvoyer une image de sobriété écologique et économique pour ces Jeux olympiques. Sans s’éviter plusieurs écueils.
Par Vincent Gibert avec AFP

KOJI ITO / THE YOMIURI SHIMBUN VIA AFP
Des anneaux olympiques de neige exposés dans une rue de San Candido, en Italie, le 15 janvier 2026.
Après une double parenthèse asiatique (Pyeongchang 2018 et Pékin 2022), les JO d’hiver sont de retour en Europe, à Milan et Cortina en Italie, du 6 au 22 février. Ils revendiquent une organisation loin des factures faramineuses et aberrations écologiques passées, sans malgré tout s’épargner quelques critiques inhérentes à la tenue de Jeux olympiques hivernaux.
Le dossier italien, préféré en 2019 à une candidature suédoise par le CIO, correspond à « l’agenda 2020 » du comité olympique en misant (comme Paris en 2024) sur des sites déjà bien établis dans le calendrier mondial comme Bormio et Cortina d’Ampezzo pour le ski alpin, Anterselva pour le biathlon, ou Val di Fiemme pour le ski nordique. Et pour éviter qu’un anneau de patinage de vitesse couvert sans utilisateurs une fois les compétitions terminées et des patinoires surdimensionnés leur restent sur les bras, les organisateurs ont fait le choix de sites provisoires à Milan où auront lieu la plupart des sports de glace, à l’image de la piscine installée durant les JO de Paris à la Défense Arena.
Le double village olympique marque aussi des points. Celui présent à Cortina d’Ampezzo, qui pourra héberger 1400 athlètes et membres des délégations, est un site provisoire constitué de 377 mobile-homes. Assemblé sur les terrains de l’ancien aéroport, à environ dix minutes de voiture du centre-ville, il a été conçu « pour être installé puis démonter sans laisser de traces », explique à l’AFP une porte-parole de la SiMiCo, la société de livraison des ouvrages olympiques, qui a supervisé sa construction pour 38 millions d’euros. À l’issue des Jeux paralympiques (du 6 au 15 mars), les mobile-homes « seront remis sur le marché ».

STEFANO RELLANDINI / AFP
Une vue générale du village olympique de Cortina d’Ampezzo, en Italie, le 11 décembre 2025.
Chacun d’entre eux, d’une superficie de 18 m², comprend deux chambres, disposant chacune de sa salle de bains et pouvant accueillir chacune deux personnes. À l’intérieur, la chaleur pourra atteindre jusqu’à 23 degrés en dépit des températures hivernales.
Revirements autour de la piste de bobsleigh
L’autre village olympique a lui été construit par un promoteur privé à Milan. Il hébergera 1700 sportifs et encadrants, avant d’être reconverti en résidence étudiante.
Si l’on se concentre maintenant sur les points de critiques de cette édition 2026, les regards se tournent directement vers la piste de bobsleigh et de luge. Une installation sportive qui, par son coût, son impact environnemental ou encore sa reconversion post-JO, pose régulièrement des problèmes.
Dans son dossier de candidature, l’organisation italienne avait prévu d’en construire une nouvelle à Cortina, sur les vestiges de celle utilisée pour les JO de 1956. Avant de se raviser et d’envisager une délocalisation, inédite dans l’histoire des Jeux d’hiver et encouragée par le CIO, sur une piste existante en Suisse ou Autriche voisines. Mais coup de théâtre fin 2023 : le gouvernement de Giorgia Meloni tape du poing sur la table et décide de lancer la construction d’une piste à Cortina à moins de deux ans de l’échéance, ce qui fait tiquer le CIO et les fédérations internationales concernées.

STEFANO RELLANDINI / AFP
La piste de bobsleigh et de luge, à Cortina d’Ampezzo en Italie, le 11 décembre 2025.
Finalement, la piste a pu être livrée et inaugurée en mars 2025, « un miracle » selon le patron de la SiMiCo, « rendu possible par le travail sans répit [de] 35 entreprises mobilisées ». Mais dans tout cela, le prix de la piste a fini par doubler, passant de 60 à 120 millions d’euros. Et sa construction a nécessité l’abattage d’environ deux hectares de forêt et de 600 mélèzes, qui étaient en place depuis deux siècles, pointe le site Envi.info.
D’autres installations et des surplus de dépenses dans le budget global, aujourd’hui évalué à 5,2 milliards d’euros, suscitent aussi des critiques. C’est le cas de l’Arena Santa Giulia à Milan, qui accueillera des matches de hockey sur glace, qui n’était toujours pas achevée dans le courant du mois de décembre dernier. Sa facture est en outre passée de 170 à 270 millions d’euros, notent Les Échos. Les dépenses de sécurité liées à l’événement ont elles explosé, passant de 26 millions d’euros dans le dossier de candidature à désormais près de 271 millions d’euros, note encore le journal économique.
Accélération de la fonte des neiges
Par ailleurs, deux organisations environnementales – Scientists for Global Responsibility et New Weather Institute – ont publié mi-janvier un rapport montrant que la quinzaine olympique risque d’accélérer la fonte de la neige et des glaciers de montagne.
Ces JO devraient ainsi générer environ 930 000 tonnes d’émissions d’équivalent CO², entraînant la disparition estimée de 2,3 km² de couverture neigeuse et la fonte de plus de 14 millions de tonnes de glace glaciaire, évalue ce rapport, comme le rapporte le média spécialisé dans l’écologie Reporterre.
Il y est aussi mentionné que trois partenaires commerciaux de ces JO – le pétrolier Eni, le constructeur automobile Stellantis et la compagnie aérienne ITA Airways – sont des entreprises fortement émettrices. Elles pourraient à elles seules provoquer environ 1,3 million de tonnes supplémentaires d’équivalent CO², soit 40 % de plus que l’empreinte directe des Jeux.
Enfin, ces JO seront les plus « diffus » de l’histoire avec pas moins de sept sites de compétition au total, parfois éloignés de centaines de kilomètres, comme entre Anterselva, au nord-est à la frontière italo-autrichienne, et Milan. Ce qui aura pour effet de considérablement rallonger les distances et augmenter l’empreinte carbone des spectateurs détenteurs de places pour plusieurs de ces sites.
avec AFP
